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Article publié le 15 septembre 2010 - Wunnen n° 20 - septembre-octobre 2010

30.10.2010

Entretien avec Bruno Renders, directeur de l’IFSB

Bâtiments à énergie positive

Bâtiments à énergie positive
Bruno Renders, directeur de l’Institut de formation sectoriel du bâtiment (IFSB), nous explique pourquoi et comment les niveaux de performance énergétique des bâtiments devront être considérablement accrus dans les temps à venir.

Wunnen : En quelques années, le public a assimilé la notion de bâtiment passif. Or voilà qu’on commence à parler de bâtiments à énergie positive. De quoi s’agit-il ?
Bruno Renders : Pour les professionnels de la construction, un bâtiment à énergie positive, c’est un bâtiment dont la consommation en énergie primaire – c’est-à-dire l’ensemble de la consommation pour le chauffage, l’éclairage et l’électricité – est inférieure à l’énergie qu’il produit. L’idée est de construire des bâtiments qui ont des besoins énergétiques extrêmement faibles et de compenser cette consommation minimale par de la production d’énergie au moyen de sources renouvelables. Un bâtiment à énergie positive, non seulement produira plus d’énergie qu’il n’en consomme sur le plan de l’énergie primaire, mais il pourra aussi valoriser toutes les sources d’énergies perdues, par exemple au niveau des conduites d’eau de chauffage ou de l’évacuation des eaux usées. L’objectif est d’approcher le bilan énergétique quasi nul, voire positif.

Les technologies permettant ce type de bâtiments sont-elles prêtes et accessibles à tous ?
Il ne faut pas parler que de technologie, même si elle existe. Les méthodes à intégrer sont d’abord des méthodes simples. Le challenge est de faire des maisons qui soient à coût standard – faire une Rolls Royce, c’est bien beau, mais c’est un objet qui ne sera destiné qu’à une petite partie du public. Il faut partir de principes simples – le bioclimatisme suppose d’utiliser différents apports énergétiques passifs qui ne coûtent rien. Une maison bien orientée a des besoins énergétiques différents de ceux d’une maison mal orientée. Cela paraît évident, mais ça ne l’est pas autant. Si vous concevez une belle maison passive, mais que le lotissement dans laquelle elle est placée n’autorise pas une bonne orientation, on a des effets contre-productifs - une performance énergétique diminuée ou une compensation par des équipements high-tech alors qu’ils n’étaient peut-être pas nécessaires. Ce qui veut dire qu’il faut remonter très en amont – l’acte de construire s’intègre dans un processus complet, qui va du lot de terrain jusqu’à l’utilisation finale, et il y a des règles à redéfinir dans le sens d’une plus grande cohérence, par tous les acteurs, depuis les instances publiques jusqu’à l’utilisateur, en passant par l’architecte, le promoteur, le constructeur, etc. Par ailleurs, par le fait que des technologies de pointe deviennent de plus en plus courantes et standard, elles deviennent aussi plus accessibles au public. Les industriels adaptent leurs processus de fabrication et trouvent de nouveaux moyens de les rentabiliser, ce qui fait baisser les prix.

Quelle est l’urgence de ce cheminement vers des bâtiments encore plus performants ?
Il y a quelques mois, le Parlement européen et le Conseil ont adopté une directive qui stipule que, d’ici 2020, tous les bâtiments construits ou rénovés de manière importante dans l’UE devront être à consommation d’énergie quasi nulle. Il incombe aux Etats-membres et aux acteurs économiques de la construction de mettre en place les structures, les moyens, les financements nécessaires pour y arriver.

Etant donné la durée de planification des grands projets constructifs, la notion de bâtiment à énergie positive semble incontournable dès aujourd’hui…
Vu le nombre de mois ou d’années nécessaires pour planifier un projet, les promoteurs les plus pertinents ont bien compris que la notion de « green building » est aujourd’hui incontournable. Il faut qu’il y ait une adéquation entre le temps nécessaire pour le développement et la mise sur le marché et le changement de mentalité de l’utilisateur qui est aujourd’hui en route. Autrement, on se retrouvera avec un parc immobilier qui sera obsolète avant même de naître.

Les bâtiments à énergie positive offrent certainement des opportunités pour le secteur du bâtiment luxembourgeois ?
Si on veut doter le Luxembourg d’une attractivité économique au niveau européen, cela passe aussi par la qualité des bâtiments. Il faut qu’on puisse montrer qu’on sait faire des bâtiments « green ». Tous les bâtiments publics construits déjà aujourd’hui doivent aller dans cette direction, c’est ce qui permettra de tirer l’ensemble des acteurs du secteur de la construction vers le haut, mais sur un mode accéléré. Le Luxembourg a la chance de se trouver à la confluence des savoir-faire. Il y a aujourd’hui une vraie opportunité pour le secteur luxembourgeois de la construction de se fédérer autour de cette notion de construction durable et d’en faire un vrai savoir-faire économique qui va s’ajouter aux atouts multiculturels et polyvalents du pays. Le secteur de la construction au Luxembourg a connu une évolution très importante depuis 20 ans, avec beaucoup d’exigences techniques, beaucoup de nouveaux savoir-faire intégrés. J’ai l’habitude de dire que le secteur est en train de « révoluer » - ce qui veut dire qu’on n’est pas dans la révolution du secteur, mais on est beaucoup plus que dans l’évolution.



Objectif énergie positive


La nouvelle directive européenne 2010/31/UE sur la performance énergétique des bâtiments, adoptée par le Parlement européen et le Conseil et publiée au Journal officiel du 18 juin 2010, établit que tous les bâtiments neufs construits d’ici fin décembre 2020 devront être à consommation d’énergie quasi nulle. La quantité minime d’énergie requise devra être couverte dans une large mesure par des sources renouvelables. La réglementation s’appliquera dès fin 2018 à tous les bâtiments occupés et possédés par les autorités publiques. Les Etats membres devront transposer la directive en droit national d’ici le milieu de l’année 2012.
Les bâtiments existants devront également améliorer leurs performances énergétiques par des rénovations importantes si elles s’avèrent techniquement, fonctionnellement et économiquement réalisables.
Un certain nombre de bâtiments sont toutefois exclus du champ de la directive, tels que les petits logements de moins de 50 m², les maisons de vacances utilisées moins de quatre mois par an, les bâtiments servant aux activités religieuses, les sites industriels, ateliers et bâtiments agricoles à faible demande énergétique, les bâtiments historiques protégés.
Par ailleurs et d’ici le milieu de l’année 2011, les Etats membres doivent établir une liste d’incitations financières et autres pour assurer la transition, telle que l’assistance technique, les subventions, les systèmes de prêts à faible taux d’intérêt.
Les changements seront en partie financés par l’Union européenne.



Comment éviter de construire des boîtes technologiques hyper-performantes, mais peut-être peu commodes pour les utilisateurs ?
Les bâtiments durables ne sont pas que des bâtiments efficients sur le plan énergétique…ils doivent également correspondre aux fonctionnalités qu’on leur demande d’avoir. Confort hygrométrique, confort visuel, confort énergétique, de l’espace suffisant sans qu’il soit excessif, flexibilité dans l’attribution des fonctions, il y a toute une série de réflexions à mener sur le bâtiment durable. Si la directive européenne est focalisée sur l’élément énergétique, c’est parce que celui-ci est quantifiable, alors que la notion de confort visuel est plus subjective. Mais dans toutes les réflexions, par exemple dans les formations que nous dispensons à l’IFSB, il faut adosser à ce facteur énergétique des considérations plus vastes liées au confort et à la fonctionnalité.

Est-ce que cet avènement des bâtiments à énergie positive impactera les constructions anciennes ?
Des objets patrimoniaux, tel un château ou une église, peuvent bénéficier de solutions techniques innovantes, par exemple une isolation particulière, qui diminuent le niveau de leur déperdition d’énergie sans nuire à leur caractère. Il est clair cependant que dans ce cas l’objectif n’est pas de les transformer en bâtiments hautement performants. Les objets patrimoniaux mis à part, il faut entamer une vraie remise en question de nos habitudes et points de vue. Est-il raisonnable de préserver un parc immobilier vétuste sur le plan de la consommation d’énergie, même si on y est attaché pour des raisons affectives ? Comment gérer de la meilleure façon cet héritage bâti ? Est-ce qu’il faut rénover et comment ? Est-ce qu’il faut abattre et reconstruire ? Il y a des pays dans le monde qui ont une notion moins présente de la propriété privée que l’Europe. La discussion doit être franche et ouverte : il faut considérer à la fois les nouveaux modes de pensée des uns et l’attachement au passé des autres. Sous prétexte d’efficience énergétique, il ne faut pas déraciner nos grands-parents. Mais il y a peut-être de nouveaux modèles d’habitations à développer.

En quoi consiste le projet DECID ?]
DECID est l’acronyme de « développement d’un ensemble constructif innovant et durable ». C’est un projet qui a pour but de préfigurer l’habitat de 2020 et qui permettra de démontrer qu’il est possible de construire des bâtiments à énergie positive à coût maîtrisé, avec les compétences d’aujourd’hui. Il s’agit d’un projet collaboratif du secteur du bâtiment qui a pris conscience qu’il va devoir répondre très rapidement aux exigences de la directive européenne. Le futur bâtiment DECID sera à émission de CO2 nulle et il intégrera toute une série de technologies nouvelles : la valorisation de toutes les ressources d’énergies perdues, la purification de l’air qui est rejeté vers l’extérieur, l’épuration des eaux évacuées. Il s’agira de donner des fonctionnalités « nobles » au bâtiment pour qu’il ne serve pas seulement à l’accueil des gens. Le bâtiment ne sera pas un « showroom », il sera occupé par des êtres humains, ceci afin de recueillir à la fois les données objectives, quantitatives, les mesurages, mais - aussi important - les avis des gens. Le bâtiment sera construit à proximité de l’IFSB. L’intention est de concentrer autour de l’IFSB un ensemble de projets emblématiques, de sorte à ce que le site de l’IFSB devienne un véritable pôle de compétences construction durable de la Grande région.

Une idée sur le début des travaux ?
Le projet a été initié sur base d’un partenariat public-privé. Il s’intègre dans une structure plus large intitulée NEOBUILD - un groupement d’intérêts économiques sectoriel qui a pour but de dynamiser la construction durable et les écotechnologies, ainsi que de promouvoir la recherche et le développement de l’innovation (RDI). La phase de démarrage du chantier devrait avoir lieu début de l’année prochaine. On est en train de finaliser un modèle de financement dans lequel interviendront aussi des acteurs publics, notamment le ministère de l’Economie.
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