Inscription à la newsletter :

Article publié le 3 novembre 2010 - Wunnen n° 21 - novembre-décembre 2010

20.01.2011

Ville d’Echternach

Entre l’ancien et le nouveau

Entre l’ancien et le nouveau


Un héritage peut peser lourd, parfois. Il entraîne avec lui des responsabilités, des contraintes, un devoir de bonne gestion et également de transmission. C’est le cas pour Echternach, ville millénaire, récipiendaire d’un legs patrimonial impressionnant, comprenant des vestiges des temps romains, des bâtisses moyenâgeuses, des fermes séculaires. Tout un trésor inestimable qui a été, pour une large partie, répertorié dans un ouvrage publié récemment par le Service des sites et monuments nationaux (SSMN), consacré à la topographie du patrimoine bâti.

Entre l’ancien et le nouveau


Préserver ce qui a de la valeur et tout à la fois forger un tissu urbain en phase avec les besoins d’aujourd’hui.



Théo Thiry, bourgmestre d’Echternach




D’hier et d’aujourd’hui



Un peu d’histoire
Echternach, 5400 habitants, est la plus vieille ville du Grand-Duché ; elle se trouve, à l’est, directement sur la frontière allemande, et à 27 km de la ville la plus vieille d’Allemagne, Trêves. L’ancienne ville abbatiale fait partie des ensembles architecturaux les plus prestigieux et les mieux restaurés du pays, et elle peut, en tant que lieu de culture, prétendre presque au même rang que Luxembourg, la capitale. L’évolution d’Echternach en tant que centre religieux, spirituel et artistique a commencé avec la fondation de l’abbaye bénédictine au VIIe siècle (698) par le moine canonisé Willibrord, un missionnaire anglo-saxon. Le sommet de cette évolution a été atteint avec les enluminures du Xe et du XIe siècle, célèbres dans toute l’Europe. Un exemplaire somptueux de cette époque se trouve dans le musée germanique à Nuremberg. Il s’agit de l’Évangile d’or d’Echternach (Codex aureus epternacensis).
La splendeur d’Echternach, en tant que centre culturel et historique, est aujourd’hui encore visible, et la ville offre tant de curiosités à voir que, certains jours d’été, les innombrables visiteurs s’y bousculent.

Source : www.trifolion.lu
Pour le bourgmestre Théo Thiry, il convient de regarder le passé avec respect, mais aussi avec circonspection. Il faut en être conscient et fier, il faut s’engager et engager des moyens pour en préserver les bâtis et la substance, mais il est également important de se donner de la marge pour innover, changer certaines choses et aller de l’avant.
Echternach est une ville qui se caractérise par beaucoup de choses, et il nous vient en premier lieu à l’esprit tout ce qui ne doit pas manquer à la carte postale : la célèbre procession dansante, qui se déroule chaque année, le mardi de la Pentecôte, et nombre de bâtiments historiques, tels le Dënzelt, la basilique romane Saint-Willibrord, l’Orangerie, le pavillon Rococo, ou encore les vestiges de la villa romaine. D’autre part, Echternach se situe au cœur d’une région hautement appréciée pour sa beauté naturelle et ses attractions touristiques. Les randonneurs peuvent profiter d’un réseau de promenades bien balisé qui leur permet de découvrir, entre autres, de délicieux vallons, des châteaux romantiques, des vues imprenables sur la Sûre et les étranges formations rocheuses du Mullerthal.
Mais Echternach n’est pas qu’une ville-musée ou une ville-promenade, c’est aussi une agglomération dynamique, constituée de quartiers denses et mixtes et pouvant s’enorgueillir d’un éventail remarquable de petits commerces, cafés et restaurants, d’un agenda sportif et culturel foisonnant, et également d’une forte présence de la jeunesse. Il faut voir ces centaines d’étudiants quittant le lycée à l’heure de midi, telles des nuées d’oiseaux, pour envahir les rues du centre ville.

Entre l’ancien et le nouveau

« Echternach veut croître »


Quelles sont les perspectives pour Echternach en matière de développement de l’habitat ?
Théo Thiry déclare que la ville « veut et doit croître ». Différents lotissements nouveaux sont, soit en discussion, soit en cours de réalisation. Le plus grand projet pour les années à venir a pour maître d’ouvrage le Fonds du logement et s’intitule « Eco-Manertchen ».
Le bourgmestre fait référence en outre à quelques lotissements de taille plus modeste, tels le projet « Alfer Weiher », dont les travaux seront entamés prochainement, et le projet « Oachter Garden », encore en discussion. Des lotissements qui se trouvent à l’intérieur du périmètre de la ville, et qui, même s’ils sont à l’écart du centre historique, doivent néanmoins se plier à des critères stricts afin de s‘intégrer dans la configuration existante.
Theo Thiry admet que c’est au niveau du cœur historique de la ville que les choses se font plus complexes. On dénombre en effet dans le centre-ville quelque 120 immeubles qui sont sur la liste de protection du Service des sites et monuments nationaux (SSMN), classés ou en attente de classification. Tout projet de transformation sur l’un de ces bâtis est tout naturellement sujet à des discussions avec l’instance ministérielle. Théo Thiry : « Ce sont des questions toujours délicates à gérer, qui font intervenir plusieurs interlocuteurs, le SSMN, la commune et, bien sûr, les propriétaires. Le maître-mot pour débloquer certaines situations, c’est de savoir faire des compromis, de part et d’autre. Réussir à préserver ce qui a de la valeur et tout à la fois forger un tissu urbain en phase avec les besoins d’aujourd’hui. »
Trifolion - Echternach
Trifolion - Echternach
Trifolion - Echternach
Trifolion - Echternach
Trifolion - Echternach
Trifolion - Echternach
Trifolion - Echternach
Trifolion - Echternach

La culture pour tous


En plus de tous les attraits déjà mentionnés, le bourgmestre Théo Thiry aime également mettre en exergue la vocation culturelle de la ville. Une tradition séculaire qui a été étoffée davantage encore depuis l’inauguration il y a deux ans du Trifolion, le nouveau centre culturel, touristique et de congrès. Un édifice à l’architecture détonante, contemporaine, érigé en plein centre-ville, juste à côté de ses vénérables voisins, le Dënzelt, la place du Marché, la basilique … Un bâtiment qui semble clamer un désir de différence et d’innovation.
« En ce qui concerne la fréquentation, nous pouvons nous déclarer satisfaits, explique le bourgmestre. En moins de deux ans, le Trifolion a su s’imposer dans le panorama culturel régional et national – ceci malgré la rude concurrence d’une Philharmonie -, réussissant à attirer et fidéliser des spectateurs issus d’Echternach et de toutes les régions du pays et hors-frontière. »
A n’en point douter, la ville est depuis longtemps portée par un esprit de culture. Théo Thiry en veut pour preuve la tenue, depuis 1975, du Festival international de musique, qui a permis à un public nombreux d’écouter des sommités mondiales de la musique classique, de la world music ou du jazz.
Ce penchant pour les arts et la musique est certainement accentué par l’atmosphère unique de la ville, son cadre historique et monumental ainsi que sa portée transfrontalière.
Comment les 1200 élèves qui fréquentent le lycée classique d’Echternach peuvent-ils ne pas être sensibles aux pierres de l’ancienne abbaye dans laquelle leur établissement est logé depuis 1899 ?
D’un côté, le legs de l’histoire et tous les enseignements qu’on peut en tirer ; de l’autre côté, la volonté de s’inscrire pleinement dans l’époque d’aujourd’hui. On pourrait utiliser le terme de « contemplaction » au sujet d’Echternach, un néologisme qui exprimerait à la fois l’inspiration fournie par le passé et le regard tourné vers l’avenir.

Par la force de la passion



Pour une revalorisation profonde du centre historique
Entre l’ancien et le nouveau

Récemment créée, l’association sans but lucratif « Intra Muros » a pour objectif de faire en sorte que le centre historique de la ville abbatiale avec sa place du Marché redevienne un centre de communication, de culture et de commerce, un véritable point d’attrait régional.
Pour les membres de cette association, « sans une revalorisation effective et profonde de son centre historique, Echternach risque de perdre son image de belle ville touristique, culturelle et commerciale ».
L’association veut atteindre une identification positive des Echternachois avec leur centre-ville, en faisant participer tous les intéressés à ses réflexions et à ses travaux.

www.intramuros.lu

On trouve une autre illustration de la passion des Echternachois pour les arts à quelques enjambées de la place du Marché : une petite enseigne bariolée et aguichante nous indique l’emplacement du Ciné Sura. Si le Trifolion est le manifeste culturel de la commune, le Ciné Sura est la petite structure soutenue à bout de bras par une poignée de bénévoles. Aucune des instances ne regarde l’autre de haut, au contraire, elles se donnent régulièrement la main, comme à l’occasion du festival de cinéma Lux Prize (www.luxprize.eu).
Le Ciné Sura est une véritable petite salle de quartier qui ne se limite pas à projeter des films, qu’ils soient d’auteur ou mainstream, mais qui multiplie les actions - cinéma en plein air, concours de courts métrages, discussions artistiques, politiques et économiques, séances pour classes scolaires, séances breakfast du dimanche, etc. -, réussissant à attirer tous les types de spectateurs, pour le plaisir de la convivialité culturelle.
Il n’y a peut-être rien d’étonnant à cette passion cinéphile des Echternachois, nous explique Michael Dohrmann, le président de l’asbl Ciné Sura. « Peu de gens savent qu’Echternach a été le berceau du cinéma luxembourgeois. En effet, à quelques mètres seulement du Ciné Sura, là où se trouve actuellement le poste de police, a eu lieu en 1896 la toute première projection d’un film au Luxembourg, à l’initiative du photographe Jacques Marie Bellwald… »


Photos : P. Lobo
Magazine Wunnen
www.wunnen-mag.lu | info@wunnen-mag.lu