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Article publié le 21 novembre 2012 - Wunnen n° 31 - novembre-décembre 2012

26.11.2012

Christian Pearson, aka Sumo

Quand l’art honore la mémoire d’un espace urbain

Sumo : Quand l’art honore la mémoire d’un espace urbain

Issu de la culture graffiti mais s’orientant depuis quelque temps déjà vers le street-art, Christian Pearson, alias Sumo, est le curateur de l’exposition « Urban Art » qui a investi le passage souterrain du centre Aldringen depuis le 13 octobre.

Sumo a invité une cinquantaine d’artistes à participer à cette galerie grandeur nature ouverte aux regards de tous les passants : douze artistes de renommée internationale, neuf représentants de la scène locale, et le restant en provenance de la Grande région et de Bruxelles.
Nous retrouvons Sumo dans le Cafésino, un café-bar « pop-up » - c’est-à-dire temporaire - aménagé dans l’aquarium du Casino Luxembourg. Le lien est tout trouvé avec le projet Aldringen qui donne la parole, ou l’aérosol, à un collectif d’artistes issus du street-art, une expression qui, dans sa définition même, joue avec l’idée de l’effacement. « C’est une exposition collective éphémère, qui prendra fin au début des travaux de démolition du souterrain, probablement au printemps prochain », nous confirme Sumo.
Pourquoi avoir choisi ce lieu et cette forme d’intervention ?
« Il y a plusieurs choses à dire. D’un côté, le passage Hamilius est empreint de toute une mémoire collective. Il a été depuis les années 1980 un lieu où ont germé beaucoup de « subcultures », pas seulement le hiphop, et il a marqué plusieurs générations de jeunes, moi y compris. C’est un lieu certes abandonné et négligé depuis longtemps, mais pour beaucoup de gens, il est chargé de vécu, de culture et d’histoires humaines. L’endroit m’a toujours fasciné, pour son pouvoir évocateur ainsi que pour son potentiel extraordinaire en termes de façades, de matières et de lumières. J’en rêvais, sans avoir jamais vraiment réussi à concrétiser quelque chose, et il se trouve que c’est finalement la Ville de Luxembourg elle-même qui m’a invité à coordonner le projet avec tous les autres intervenants, avec l’objectif de mettre en valeur le passage souterrain avant qu’il ne soit démoli. »
N’est-il pas dommage de ne faire venir les artistes que dans la toute dernière ligne droite ? « Certainement, mais bon, ce qui compte, c’est qu’il nous a été donné ici une occasion formidable de mettre en place une grande vitrine collective afin de mieux faire connaître à un grand public ces expressions artistiques issues de l’art urbain et qui regroupent différents styles et techniques. »
Sumo nous explique que le projet a également fonction d’expérimentation et d’exemple. « C’est aussi la démonstration de ce qu’il est possible de faire dans un lieu public comme celui-ci. L’exposition existe à la fois pour elle-même, pour les œuvres qu’elle donne à voir, et pour son interaction avec le passage souterrain, sa réalité physique, sa substance, ses utilisateurs. D’une certaine façon, l’exposition contribue à perpétuer l’esprit de l’Hamilius. Elle pose aussi une interrogation sur l’avenir. Que restera-t-il de tout cet héritage, de ce lieu de rencontre et de brassage d’idées ? Où l’expression jeune trouvera-t-elle un nouvel ancrage dans l’espace de la ville ? Il y a plein d’autres espaces urbains à Luxembourg, souvent ignorés et tristes, qui pourraient être mis en valeur de façon créative. Et tout le monde y trouverait son compte, la ville, les usagers, les artistes. L’art n’est jamais vraiment indispensable, mais il rejaillit sur ce qui l’entoure, il fait naître des idées, des émotions, des réflexions. »
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