Inscription à la newsletter :

Article publié le 15 septembre 2014 - Wunnen n° 40 - septembre-octobre 2014

16.09.2014

Interview avec Maggy Nagel, ministre du Logement

Logement : Interview avec Maggy Nagel, ministre du Logement
« Je n’abandonnerai pas, je suis là jusqu'en 2018 et je veux avoir un résultat. »

Maggy Nagel, Ministre du Logement, aborde les grandes lignes de la politique du gouvernement en matière d’habitat pour tous.
Pas facile de s’atteler à un sujet aussi complexe que le logement, surtout qu’aucune des mesures de ces dix dernières années ne semble avoir freiné l’imperturbable avancée des prix sur le marché. Il n’en demeure pas moins que c’est vers les pouvoirs publics que les citoyens tout autant que les professionnels ont le regard tourné. Que va faire le gouvernement, ou que peut-il faire, pour répondre aux attentes de la population qui souhaite avoir des facilités pour accéder à un toit et à des coûts raisonnables ?

Wunnen: Quelles sont les grandes directions de la stratégie du gouvernement par rapport à la problématique du logement?
Maggy Nagel : Il y aurait beaucoup de choses à dire en guise d’introduction… Ce qui m’importe, ce n’est pas de parler du passé, mais bien de l'avenir et notamment des trois grands axes de la politique de logement de ce gouvernement : mobilisation de terrains constructibles, aides en faveur des ménages à revenus modestes et dynamisation de la création de logements sociaux.
Tout d'abord, il faut davantage mobiliser de nouveaux terrains à bâtir et promouvoir la construction de nouvelles habitations. Pour cela, le gouvernement a lancé le programme national dit « Baulücken », dont l’objectif est d’identifier les terrains constructibles non utilisés et d’accélérer leur affectation. Nous proposerons également d'instaurer un « Baulandvertrag », c’est-à-dire un instrument que les communes peuvent mettre en place avec les propriétaires dont les terrains se situent en zone verte (donc hors périmètre d’agglomération) et qui pourraient être reclassés en zone d’habitat dans le plan d'aménagement général (PAG) par le biais de ce contrat. Ce contrat liera aussi bien la commune que le propriétaire à une durée de réalisation d'un projet de construction. Nous sommes en train d'élaborer un texte, nous sommes également allés voir à l’étranger, par exemple en Suisse, comment ce type de contrat a été mis en place et quels en ont été les effets. Dès que possible, le texte sera présenté au Conseil du gouvernement pour être finalisé, ceci en étroite collaboration avec le ministère de l'Intérieur, qui a la tutelle des communes.
Le plan sectoriel logement est un autre outil très important que nous avons pu développer, adapter et lancer en procédure, il est l’alpha et l’oméga de toute la politique dans ce domaine-là. Il ouvre des voies nouvelles, surtout au niveau de nos partenaires prioritaires, à savoir les communes, dont je connais bien le rôle essentiel, étant donné que j’ai moi-même été bourgmestre pendant plusieurs années. J'ai déjà pu mettre en pratique différentes dispositions, par exemple le recours au droit d'emphytéose ou au droit de superficie. Ces outils permettent de faire bouger les choses au niveau du droit de terrain. Par ce biais, les propriétaires peuvent rentrer dans un partenariat avec la commune ou l'Etat.
Un point additionnel à considérer est l'application par les communes de la taxe spécifique sur les terrains vacants et non viabilisés, introduite par la loi du pacte logement. Je suis en train d’en discuter avec le Syvicol (Syndicat des villes et communes luxembourgeoises). A l’heure actuelle, il n'y a que 5 communes qui ont introduit cette taxe.




Baulandvertrag
Projet de contrat que les communes pourront établir avec les propriétaires de terrains situés en zone verte (hors périmètre d’agglomération) en vue de reclasser ceux-ci en zone d’habitat dans le plan d’aménagement général.


Baulücken
Programme établi par le ministère du Logement visant à aider les communes à viabiliser les terrains non utilisés sur leur territoire et dont elles sont propriétaires.


Le plan sectoriel logement (PSL) constitue un outil réglementaire ayant pour objectif de dynamiser et surtout de piloter territorialement la création de logements en orientant la construction résidentielle vers un ensemble de communes prioritaires pour le développement de l’habitat.


Le plan d’aménagement général (PAG) est un ensemble de prescriptions graphiques et écrites à caractère réglementaire qui le complètent réciproquement et qui couvrent l’ensemble du territoire communal qu’elles divisent en diverses zones dont elles arrêtent l’utilisation du sol.

Wunnen: Comment considérez-vous cette taxe?
C'est une taxe qui ne devrait pas être une sanction, mais fonctionner comme un outil pour permettre à la ville ou à la commune d’activer la mobilisation des logements libres… Mais il faut aussi garder en tête que c'est l'autonomie communale qui prévaut. En tant qu'ancienne bourgmestre, je ne suis pas vraiment convaincue que ce soit l'outil le plus adéquat... Nous avons étudié la situation des communes qui ont introduit cette taxe, et on constate qu’il y de grandes divergences au niveau des montants, cela peut varier de 500 € à 1 000€ par logement inoccupé, ce qui pose la question de l’égalité de traitement entre les habitants de différentes communes.


Syvicol
Le Syndicat des villes et communes luxembourgeoises a pour objet la promotion, la sauvegarde et la défense des intérêts généraux et communs de ses membres. Parmi ses missions, il lui incombe notamment d’être l’interlocuteur du gouvernement pour les questions touchant l’intérêt communal général et de formuler des avis sur des projets législatifs et réglementaires qui ont un impact au niveau local.
www.syvicol.lu
Wunnen: Les détracteurs ont dit que la taxe sur les logements vacants est anticonstitutionnelle…
Oui, c’est aussi là le point de vue du Syvicol. C'est un problème dont nous discutons actuellement, il s’agit de déterminer si cette taxe a un avenir ou non... Et en attendant, nous cherchons de nouvelles pistes.

Wunnen: Revenons aux trois axes stratégiques que vous avez mentionnés. Après la mobilisation des terrains, quel est le second chantier prioritaire du gouvernement en matière de création de logements ?
En deuxième lieu, il est important de venir en aide aux personnes qui, pour des raisons financières ou pour des raisons indépendantes de leur volonté, ne trouvent pas en ce moment de logement approprié. Dans ce sens, nous prévoyons la création d’une subvention de loyer, ceci en collaboration avec le ministère de la Famille. Dans la même ligne de réflexion, nous planchons sur les façons de mieux cibler les aides et allocations existantes. Le troisième grand axe concerne la dynamisation de la création de logements sociaux, tant par les acteurs du privé que par les acteurs publics. Nous souhaitons que les acteurs publics - le Fonds pour le développement du logement et de l’habitat (Fonds du logement), la Société nationale des habitations à bon marché (SNHBM) et les communes - s’investissent bien davantage à l’avenir sur cette voie.

Wunnen: Face à la croissance démographique soutenue et au vieillissement de la population, est-ce qu'il y a des nouveaux modèles de développement urbain et de logement à promouvoir ?
Tout d'abord, je pense qu’il y a une forte nécessité de densifier la construction en général. Le temps des grandes maisons individuelles entourées de beaucoup d’ares est révolu. Ce n'est plus le modèle que l'on vise, il faut obtenir une plus grande densité pour tous les projets que l'on va réaliser, un objectif qui est également celui du programme « Baulücken ». Au-delà, il faut également développer d'autres typologies de logement, telles que les coopératives immobilières d'habitation, le quartier sans voiture, le fractionnement d'une maison d'habitation devenue trop grande en plusieurs unités de logement, le développement de logements encadrés pour personnes âgées ou pour jeunes. Un exemple : on vient d'inaugurer un projet que le Fonds du logement a réalisé à Gasperich, il s’agit d’une structure d’habitation encadrée pour jeunes de 16 à 27 ans. L’immeuble comprend différents studios mais aussi des « home communities », des espaces à partager en mode collectif, pour faire la cuisine, regarder la télé, toujours accompagné du personnel formé pour encadrer les jeunes, à la fois au niveau de la cohabitation et de la recherche de travail ou d’autres aspects de la vie. Il serait souhaitable que ce cas de figure puisse se reproduire dans d’autres communes. C'est très important, puisque la demande en matière de logement devient de plus en plus pressante de la part de jeunes qui ont des difficultés pour entrer dans la vie active, qui n'ont plus de famille, qui ont quitté leur foyer pour de multiples raisons ou qui cherchent un travail.

Wunnen: Le plan sectoriel logement peut-il contribuer à l’accélération de la création d’habitat?
La procédure est lancée, et elle devrait aboutir en 2016. Elle amènera des possibilités additionnelles pour des périmètres élargis. Le plan sectoriel logement contribuera à créer une sécurité de planification pour les communes et les promoteurs dans tout le pays. Une fois que les communes auront intégré les plans sectoriels dans leur PAG, il leur sera plus facile de définir les zones d'habitat. Elles auront à leur disposition plus d'espace prioritaire d'urbanisation lié à des densités spécifiques, elles pourront décider quelle section devra s'agrandir, où se situeront les points forts sur leur territoire. Dans les plans sectoriels, la distinction est également faite entre 43 communes prioritaires et 66 communes complémentaires. Cela ne veut pas dire que les communes complémentaires ne pourront pas évoluer sur le plan de l’habitat, mais elles le feront à un rythme moins intense. Les communes prioritaires sont vraiment des centres de développement (CDA), et c’est à leur niveau que nous allons choisir de lancer plusieurs projets de logement de grande envergure.
Je suis d’avis que, dès que la procédure des plans sectoriels sera finalisée, ceux-ci vont permettre de dynamiser énormément de choses dans le pays. Mais pour cela il faut que tous les acteurs participent, et en particulier les communes. Ce n’est ni l'Etat, ni le ministère du Logement qui pourront réellement faire bouger les choses en la matière, mais ce sont les communes qui doivent mesurer l’étendue des possibilités qui s’ouvrent à elles et qui doivent venir me voir pour que je les accompagne dans la réalisation de ces projets.

Wunnen: D'après les chiffres, il faudrait théoriquement 6.000 logements nouveaux par an pour satisfaire les besoins du marché croissant, alors que l'on est à 3.000-4.000 pour l'instant…

Pacte logement
Ensemble de mesures adoptées en 2008 par le gouvernement pour affronter, ensemble avec les communes, les problèmes qui se posent sur le marché du logement. Ces mesures – participation de l’Etat, droit d’emphytéose, droit de superficie, droit de préemption, mesures fiscales … - visent à augmenter l'offre de logements et réduire le coût du foncier et de l'habitat.

En tout, ce sont quelque 13.000 personnes qui arrivent dans le pays chaque année, donc rien que pour cette population nouvelle, il faudrait pouvoir disposer de 3.800 nouveaux logements. Mais si l’on considère l’ensemble des demandes, on tourne autour de 5.000-5.500. Pour ce qui est du pacte logement, force est de constater que ses objectifs ne seront pas atteints. Il est difficile de mesurer le coup de pouce en matière de production de logements que le pacte logement a pu procurer. Jusqu’à présent, l’argent octroyé aux communes a été prioritairement utilisé pour le cofinancement lors de la réalisation ou l’amélioration d’infrastructures collectives (crèches, écoles, etc.) induits par l’augmentation de la population. Une réorientation s’impose. Le Conseil de gouvernement a donc donné son accord à notre proposition de réformer la loi sur le pacte logement.Nous allons travailler en étroite collaboration avec le Syvicol, qui se situe sur la même longueur d’onde. Tout d'abord, il est important d’accorder plus de flexibilité aux communes, leur permettre d'utiliser les fonds du pacte logement notamment pour l'acquisition de maisons, de terrains, pour des projets de construction et de rénovation de logements. L’argent octroyé serait placé dans un fonds spécifique géré par le ministère du Logement - ce volet fait l’objet actuellement de discussions avec le service des finances du ministère de l'Intérieur. Ces ressources resteront toujours à disposition des communes, mais le déblocage des fonds en vue du financement de projets de logements s’effectuera en étroite collaboration avec le ministère du Logement.

Wunnen: Il s’agira donc d’un contrôle plus strict des fonds alloués…
Notre intention est de mettre en place un monitoring continu. A tout moment, un suivi permanent des projets réalisés au fur et à mesure du déblocage des fonds sera effectué, ceci en étroite collaboration avec le ministère de l’Intérieur qui a la charge d’approuver les PAP. On aura à la fois un travail d’interaction continu et une simplification administrative.

Wunnen: Ces dernières années, la complexité des procédures a souvent été pointée du doigt par de nombreux professionnels et observateurs…
Nous avons approuvé récemment, au niveau du Conseil de gouvernement, le texte pour le projet de loi dit « Omnibus », dont l’objectif est d’atteindre une simplification administrative, notamment en ce qui concerne le classement des terrains et les règles de réalisation des plans d’aménagement particuliers et généraux. Il s’agit d’alléger les procédures au niveau de tous les ministères concernés. Tous les ministres travaillent ensemble pour alléger la procédure et pour que chaque dossier soit suivi avec un maximum d’efficacité et de transparence. Par ailleurs, dans le plan sectoriel logement, l'instrument du plan d'occupation du sol permettra également de raccourcir les procédures pour que les projets soient réalisés plus rapidement sur le territoire des communes. Il est vital qu’il y ait plus de collaboration entre les différents ministères. Et si une difficulté surgit en cours de route, il est important que nous communiquions les uns avec les autres, entre les ministres, avec les communes, avec des organismes comme le Fonds du logement, la SNHBM ou l'Agence Immobilière Sociale (AIS).


L’Agence immobilière sociale (AIS) est un service de la Fondation pour l’accès au logement, établissement d’utilité publique. La convention signée entre le ministère de la Famille et de l'intégration, le ministère du Logement et la Fondation pour l’accès au logement assure le financement public du service. La mission principale de l’AIS est de rechercher et de mettre à disposition des logements, adéquats et adaptés à la composition du ménage, à des personnes à revenus modestes souffrant également d'une problématique liée au logement.
www.ais.lu
Wunnen: Quel sera le rôle de l'Agence immobilière sociale (AIS) ? Est-ce qu'elle sera déclinée localement?
Le sujet est en cours de discussion. Le gouvernement entend encourager la création d’agences immobilières sociales aux niveaux régional et local. En effet, eu égard à la situation de plus en plus critique pour un nombre croissant de ménages à faible revenu de trouver un logement locatif adapté sur le marché privé, différentes communes et syndicats intercommunaux se disent prêts à se lancer dans un projet visant à mettre à disposition de leurs citoyens des logements locatifs financièrement abordables.


Fonds du logement
Le Fonds pour le développement du logement et de l'habitat est un établissement public autonome chargé de développer l’aide au logement ainsi que le logement social.
www.fondsdulogement.lu
Wunnen: Le Fonds du logement verra-t-il ses attributions changer?
A partir de l'année prochaine, nous prévoyons également de réformer le Fonds du logement. Nous souhaitons que cette entité soit plus structurée, dotée d’un vrai organigramme. En ce moment, nous avons une personne qui cumule les fonctions de directeur et président. Afin d’augmenter l’efficience quant à la réalisation des projets du Fonds, j’ai choisi d’affecter son président à sa seule tâche auprès du Fonds du logement et non plus, comme auparavant, également à sa tâche de premier conseiller du gouvernement. Le travail accompli est excellent, mais les projets s’étirent parfois trop dans le temps. La future réforme de l’organisme devra permettre de le dynamiser et de l’impliquer bien plus encore dans la création de logements locatifs sociaux.

Wunnen: Justement, quels moyens pour renforcer l’offre locative sociale?
Il est urgent d’augmenter le parc locatif, ceci en étroite collaboration avec les offices sociaux des communes, car c'est bien à leur niveau que les dossiers sont traités. D’autre part, il faut rediscuter le rôle des commissions des loyers. La loi stipule qu'il faut une commission des loyers au niveau régional et cantonal (et au moins une commission des loyers pour toute commune ayant plus de 6.000 habitants). J'ai discuté de ce sujet avec mon collègue ministre de l'Intérieur, et notre intention est de réorienter ces commissions des loyers au sein de toutes les communes, pour qu’elles fonctionnent ensemble avec les offices sociaux, et pour que les citoyens concernés aient un seul interlocuteur sur place. Par ailleurs, nous allons présenter prochainement au Conseil de Gouvernement des modifications quant à la législation sur le bail à loyer.

Wunnen: Par rapport au foncier, il est souvent répété que les promoteurs ont trop souvent la main sur des grands lotissements, des grandes quantités de terrain. Comment trouver des moyens pour que des particuliers puissent accéder à des terrains plus facilement? Est-il aussi possible de dégager des terrains en grande quantité pour qu’ils soient mis, non pas à disposition d'un promoteur, mais éventuellement une coopérative d’habitation ou une autre structure qui pourrait avoir contact direct avec les particuliers?
C'est cette ligne que j'ai toujours évoquée lors de la présentation du plan sectoriel logement. On parle des nouveaux quartiers, et il est très intéressant de voir comment les gens réagissent. En tant qu'Etat, nous travaillons d'abord avec les communes et en fonction de leurs possibilités. Des possibilités que nous voulons étendre justement au travers du programme « Baulücken » et des contrats pour la mobilisation des terrains constructibles. On négocie toujours avec la commune, parce que la commune doit être propriétaire. Mais il y a de plus en plus de discussions et de contacts qui se font entre les communes et des particuliers pour participer à la réalisation d'un lotissement. En ce qui concerne les coopératives d'habitation, nous sommes en train de réfléchir, au sein du gouvernement, à des moyens de subventionnement, directs ou indirects, afin de promouvoir ce type d'initiative et de permettre à un groupe de particuliers d'unir leurs efforts pour la réalisation d'un projet particulier individuel.

Wunnen: En 2017-2019 auront lieu les grandes échéances avec l'obligation de passer au standard passif, ce qui implique un renchérissement au niveau de la construction, une meilleure qualité, une meilleure isolation, etc., mais quand même un renchérissement au niveau de l'habitat. Est-ce que vraiment tout le monde pourra accéder à ces nouvelles constructions performantes?
Tout d'abord, il faut mentionner le projet de loi relative à la promotion du logement et de l’habitat durables. Je pense à l'introduction d'un certificat pour logement durable… En deuxième lieu, un prêt à taux 0 est envisagé pour le propriétaire occupant dont les revenus sont très modestes. Dans ce cas, l’Etat prend en charge les intérêts relatifs au prêt immobilier destiné à financer la réalisation de certains travaux allant dans le sens d’une économie d’énergie. Le prêt est garanti en capital et en intérêts par l'Etat, mais il ne peut pas être supérieur à 50 000€. En ce qui concerne les aides sur le plan énergétique, elles viendront à échéance en 2017, et nous travaillons avec le ministre de l'Environnement pour trouver d’autres moyens qui soient adaptés à la situation actuelle. Le Ministre responsable pour le développement durable veut des logements qui soient fonctionnels, durables et qui se situent au top en termes de consommation d’énergie.

Wunnen: Est-ce que le fait que le standard passif deviendra obligatoire n’ouvre pas le champ à une homogénéisation des nouvelles constructions ?

En ce qui concerne le standard passif, je dirais qu'il va de soi qu'il faille réfléchir aux formes les plus efficaces dans le domaine de l’économie des ressources. Nous sommes cependant conscients qu'il faudra promouvoir des typologies de construction différentes… Il faut remarquer que les différentes typologies ont toujours étaient permises pour autant qu'elles s'intègrent dans la règlementation communale. Donc le standard passif ne signifie pas forcément qu’on va vers des cités homogènes où toutes les maisons se ressemblent…

Wunnen: Comment éviter le risque « d'HLMisation », la création de cités, avec différents types de population qui vont cohabiter ? Comment empêcher cette séparation, qu'il y ait des personnes qui peuvent se payer des belles maisons dans des beaux quartiers et qu'il y ait ces cités en hauteur, plus modestes, et être entassés?
Votre question attribue une connotation négative à l’idée de densification… Cependant, dans les pays germanophones, on parle de « flächensparendemn Bauen » - construction à faible consommation d'espace - ce qui est déjà une façon plus constructive de considérer la question. Les densités bâties à atteindre via le plan sectoriel logement n'ont rien à voir avec les HLM des années 1960. Il importe que nous inversions la tendance de construire de grandes maisons sur de grands terrains. D’après les statistiques européennes, nous sommes les champions dans ce domaine. Mais cela passe par une inventivité et une ingéniosité de la part des architectes et des promoteurs pour proposer des ensembles denses mais attrayants. La densité, ça ne veut pas dire simplement construire en hauteur, cela veut dire travailler sur un cadre urbain, créer du neuf sans nuire à l’ancien, régénérer l’ancien pour l’adapter à nos besoins d’aujourd’hui. En tant que ministre de la Culture, j’ai sous ma responsabilité le service des Sites et monuments (SSMN), et donc je suis bien consciente de l’importance de préserver l’authenticité d’un patrimoine existant. Il y a actuellement un grand intérêt de la part du public envers la revalorisation des maisons anciennes. Et il y a beaucoup d’idées et de structures nouvelles à développer en réutilisant les immeubles à patrimoine, il faut les stimuler toujours davantage.


Le plan d’aménagement particulier (PAP) précise et exécute les dispositions réglementaires du plan d’aménagement général concernant une zone ou partie de zone.
Wunnen: La mixité sociale continue d'être un critère obligé dans les nouveaux lotissements avec un pourcentage défini de logements sociaux?
Oui, chaque PAP de plus de 1 ha a l’obligation de prévoir au moins 10% de logements à coût modéré. Les projets d’envergure visés dans le Plan sectoriel logement prévoient même 30 % de ces logements. Dans cette perspective, j’ai pu avoir des entretiens très fructueux avec le Fonds d’urbanisation et d’aménagement du Kirchberg pour promouvoir cette mixité sociale dans les projets de nouveaux lotissements. Le Fonds ne prend plus cette règle comme une contrainte, mais comme une chance de développement plus riche. On est encore vraiment très loin des dangers de sectorisation.

Le projet gouvernemental de hausse de la TVA sur le logement locatif de 3 à 17 % est vu avec beaucoup de crainte par les professionnels du bâtiment. Que pouvez-vous leur dire à ce sujet ?
Il est encore trop tôt pour se prononcer sur la question. Il y a des arguments pour et contre.

Wunnen: Patrimoine et logement : Comment concilier préservation du bâti ancien et développement de l’habitat conforme aux besoins actuels?

Je pense que dans ce domaine également, il convient de repenser les aides qu'on distribue à travers le pays. Je ne pense pas que nous devons poursuivre une politique de distribution indiscriminée de deniers publics. Il faut encadrer et conseiller tous ceux qui veulent investir dans le patrimoine, mais je pense que nous pouvons être beaucoup plus dynamiques dans nos interventions. Par exemple, dans le cadre des aides relatives aux immeubles ayant au moins 60 ans, il n’est pas normal que, si un propriétaire envisage de changer une fenêtre, deux personnes du SSMN travaillent 40 heures sur le dossier pour aboutir à 260 € de subvention. Ça, ce n'est plus faisable en ce moment. Il doit y avoir beaucoup plus de flexibilité, car le rôle du SSMN n'est pas de bloquer et de contrarier, mais de conseiller. Le SSMN a fait un grand travail, il est passé à travers 106 communes pour inventorier les objets dignes d’intérêt et c'est à chaque commune de décider dans quelle direction elle souhaite aller pour garder son patrimoine. Le SSMN doit être assez restrictif pour tout ce qui est patrimoine historique, châteaux, forteresses, etc., mais au niveau des maisons anciennes, sa mission consiste à accompagner les projets des particuliers, à aider à trouver des solutions et non le contraire. Habitat intergénérationnel, colocation, habitat encadré, etc., il y a certainement de multiples solutions à mettre en place dans les maisons anciennes. Chaque semaine, je reçois des représentants communaux ou des particuliers qui ont une maison qu'ils veulent garder, tout en lui donnant un sens nouveau. J’ai confiance que ce travail continuera dans le bon sens.

Wunnen: Dans ce domaine du logement aux mille pistes différentes, quelle est votre prochaine grande échéance?
La prochaine grande échéance, ce n’est pas une date ou un projet en particulier, c’est un travail en continu pour élaborer le dialogue avec tous les acteurs sur le terrain. Heureusement, mes 20 ans en tant que bourgmestre à Mondorf m’ont appris à être toujours très proche de la population et des acteurs. Depuis quelques mois, je participe à énormément de réunions avec les communes, car elles sont mes partenaires principaux dans le plan sectoriel logement, et ce sont elles qui ont tout en main. Sans l'accord d’une commune, on ne fait jamais rien, on ne bouge pas. J'ai également eu des entrevues avec la Fédération des Artisans et la Chambre des Métiers. Il est très important pour moi d'avoir une vue d'ensemble des problèmes que les gens peuvent avoir. Il faut réagir très vite, mais il faut aussi établir une ligne d’action à travers tous les dossiers. On ne peut pas me demander après 9 mois « Quel est votre résultat? ». A mon avis, on aurait déjà pu réagir beaucoup plus tôt. Quand j'ai parcouru tous les dossiers, j’ai dû constater que ça a beaucoup traîné, que les gens n’étaient pas vraiment impliqués... La situation aurait pu être beaucoup plus avancée. L'ancien Premier ministre avait fait du dossier logement sa priorité, mais il a abandonné après un certain moment. Moi, je n’abandonnerai pas, je suis là jusqu'en 2018 et je veux avoir un résultat.
Magazine Wunnen
www.wunnen-mag.lu | info@wunnen-mag.lu