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Article publié le 5 octobre 2007 - Wunnen n° 3 - octobre-novembre 2007

05.10.2007

L’as du carreau

Le métier de carreleur

Le métier de carreleur
Le maçon lui a laissé des surfaces en brut. À lui maintenant de les revêtir. Par son sens du décor et des couleurs, le carreleur contribue à la personnalisation d’une habitation. C’est aussi un métier qui exige de bien savoir mesurer et calculer : au moment où il pose le carrelage, le carreleur a parfois déjà effectué la moitié du travail.

Que fait le carreleur ?


Le carreleur est un spécialiste des métiers du parachèvement. Son domaine d’activités ne se concentre cependant pas exclusivement sur la construction de logements; son travail est particulièrement apprécié aux endroits qui exigent un degré élevé de propreté et d’hygiène. Il pose des carreaux et des dalles dans des bâtiments industriels, des piscines, des hôpitaux, des laboratoires, des salles de bains et des cuisines. Il confère aux murs et façades une enveloppe, qui les protège et les embellit en même temps.
Par des couleurs et schémas individuels, le carreleur peut apporter des notes personnelles dans les maisons et habitations. Le travail du carreleur est dès lors très sollicité et le carreleur compte sans aucun doute parmi les métiers de la construction les mieux payés.
Les matériaux et les techniques de pose requièrent une grande précision dans le travail et des précautions particulières dans la manipulation des différents mortiers et produits adhésifs.

Connaissances et aptitudes


Le carreleur est supposé disposer de connaissances techniques et d’une dextérité au-dessus de la moyenne. La rigueur et la précision sont des qualités indispensables au carreleur ainsi que le sens du décor et des couleurs, le goût du calcul et du dessin. Les conditions physiques d’exercice de ce métier peuvent être délicates : le carreleur est souvent à genoux en train de placer les carreaux ou de contrôler leur positionnement. Avant de poser ses carreaux, le carreleur doit d’abord travailler le support sur lequel il interviendra. Il doit ainsi réaliser un support très plat, sur lequel seront ensuite collés les carreaux. Pour aplatir son support, le carreleur doit maîtriser quelques notions de maçonnerie et de géométrie.

Formation requise


La durée de la formation pour devenir carreleur est de trois années.
Après la 9e secondaire technique, le jeune peut espérer obtenir son C.A.T.P. (Certificat d’Aptitude Technique et Professionnelle) en trois ans - une année de formation professionnelle initiale (école à plein temps) suivies de deux années de formation professionnelle sur base d’un contrat d’apprentissage en entreprise.
L’élève qui n’a pas réussi la 9e secondaire technique mais qui fait néanmoins preuve de capacités manuelles adéquates pourra obtenir le C.C.M. (Certificat de Capacité Manuelle) moyennant un apprentissage de trois années sur base d’un contrat d’apprentissage en entreprise.
La formation pour le brevet de maîtrise est possible après l’obtention du CATP et trois années de pratique professionnelle dans la branche (âge minimum: 21 ans).
Avec de l’expérience, le carreleur qualifié peut s’installer à son compte en tant qu’artisan ou entrepreneur du bâtiment. S‘il reste salarié, il peut prendre des responsabilités comme chef d’équipe.
www.chambre-des-metiers.lu

Georges Nesser


« Il y a une certaine méconnaissance de la réalité de notre métier. Tout le monde a du carrelage dans un coin chez lui, mais ignore comment c’est fait. »


Georges Nesser, président de la Fédération des Patrons Carreleurs



Comment se présente le secteur des entreprises de carrelage au Luxembourg ?
« La Fédération des Patrons Carreleurs regroupe une soixantaine de membres, ce qui représente la moitié des entreprises actives dans le domaine du carrelage au Luxembourg. Beaucoup d’entreprises proposent, outre le carrelage, des appareils sanitaires, de la menuiserie, des cuisines. Cette évolution qui va dans le sens de la diversification des services est spécialement perceptible depuis 10 ou 15 ans, depuis l’accentuation du marché commun.
Cette polyvalence est à attribuer à l’ouverture du marché, d’une part, mais aussi à un changement dans la mentalité du client. Ce dernier privilégie de plus en plus le système ‘clé en mains’, c’est-à-dire le fait d’avoir affaire à un seul interlocuteur au lieu d’une pluralité de corps de métiers. D’un autre côté, le client étant beaucoup moins souvent en contact avec les professionnels des différents métiers, un tel système offre moins de flexibilité dans le déroulement des tâches, moins de possibilités de solutions d’adaptation qui peuvent parfois s’avérer avantageuses. »

Le métier de carreleur
Comment se caractérise le métier de carreleur ?
« Une des particularités du métier est que le carreleur est payé à la tâche, suivant le type de pose et la surface de pose, ceci en accord avec les termes de la convention collective qui restent inchangés depuis 1995. L’avantage de ce système est que le carreleur sait précisément ce qu’il peut gagner en réalisant un travail donné. Il n’y a plus que la question du rythme de travail qui joue. Certains sont plus doués pour carreler de grandes surfaces, d’autres préfèrent les petites mosaïques, plus artistiques et minutieuses à poser. »

Quelle est l’évolution des techniques et des matériaux ?
« Le carreleur est aujourd’hui appelé à pouvoir réaliser différents types de revêtements comme la faïence, le marbre, la pierre naturelle, le verre ou le grès cérame. Il travaille avec des types de matériaux plus fins, plus créatifs, qui demandent aussi des techniques différentes et souvent une formation plus spécifique.
Les formats évoluent aussi en parallèle avec les matériaux et les techniques, avec des carreaux plus grands. Auparavant, le standard, c’était du 30 x 30 cm ou du 40 x 40 cm. Aujourd’hui, on travaille souvent avec des mesures de 30 x 60 cm ou 60 x 60 cm et même 1,2 m x 60 cm. Ces nouvelles dimensions permettent des revêtements plus originaux certes, mais elles requièrent aussi une autre approche de travail, d’autres moyens et techniques. »

Y a-t-il une demande de la part des clients pour des carrelages plus originaux ?
« Aujourd’hui, le carrelage se situe entre une offre standardisée et des propositions originales, parfois sur mesure pour une habitation ou une pièce en particulier. C’est au professionnel d’être à l’écoute du client : il doit pouvoir aussi bien lui faire un carrelage de qualité, discret et élégant qu’une composition plus inventive et singulière. Les clients qui, après 20 ou 30 ans veulent renouveler leur salle de bains, demandent souvent une solution individualisée. Ils veulent pouvoir dire par la suite « voici ‘ma’ salle de bains ».
Le carrelage participe de la création d’un confort et d’une ambiance particuliers. On joue avec les matériaux, les géométries, les motifs, ainsi qu’avec l’éclairage, qui peut être intégré dans le carrelage. La proposition de matériaux originaux et créatifs se négocie surtout au niveau de la relation commerciale, en conversation avec le client dans le show room. »

Le métier de carreleur
À quels endroits d’une maison ou d’un immeuble est-ce que le carrelage trouve sa place ?
« Le carrelage est tout à fait adéquat dans la salle de bains, bien sûr, le lieu de ‘wellness’ par excellence. Il se pose aussi dans la cuisine, au sol et au mur, dans l’espace entre le plan de travail et les armoires. Il investit volontiers les halls d’entrée, les couloirs, les cages d’escalier. On le trouve parfois dans le living, mais alors en combinaison avec du bois, ou alors tout autour de la cheminée (surface sensible). Dans les chambres à coucher, le carrelage est moins sollicité, excepté parfois dans les appartements : certaines personnes optent alors pour un carrelage dans des couleurs chaudes. En dehors de l’habitation privée, on retrouve le carrelage dans une multitude d’espaces : hôpitaux, boulangeries, boucheries, cantines d’école, souvent des lieux soumis à des normes d’hygiène importantes. »

Les secteurs du bâtiment et de la décoration embauchent-ils ? Le métier attire-t-il les jeunes ?
« Il y a une demande sur le marché en carreleurs qualifiés. Mais le carreleur est une espèce rare. Il y a seulement entre deux et quatre jeunes par an qui font leur CATP.
Par ailleurs, il n’existe pour le moment pas de femmes carreleurs au Luxembourg.
Est-ce parce qu’on associe le métier à des tâches éprouvantes (on a en effet parfois à soulever des sacs de 25 kilos) et salissantes ? Est-ce parce que le carreleur intervient sur le chantier à un moment où souvent il n’y a pas encore de chauffage ?
D’autre part, c’est aussi un métier qui a ses exigences. Il faut avoir un esprit logique dans le travail, un sens de l’organisation, un esprit d’observation et d’analyse, une autonomie du regard. Mais c’est un métier passionnant, qui permet d’être créatif, de réaliser pour un client une composition murale personnalisée qui, avec ses couleurs, ses brillances, ses textures, participera de l’ambiance visuelle et acoustique d’une pièce.
J’assume la fonction de président de la Fédération depuis quatre ans. Une des premières choses que j’ai voulu faire a été de renouveler l’équipe responsable pour les examens. Il faut trouver des moyens d’attirer les jeunes, de les convaincre que le carrelage, c’est quelque chose de créatif et d’intéressant.
Il y a une certaine méconnaissance de la réalité de notre métier. Tout le monde a du carrelage dans un coin chez lui, mais ignore comment c’est fait. Les professionnels doivent s’engager pour faire la promotion du métier. Ils doivent avoir les moyens et être disposés à former de jeunes apprentis. À la Fédération, nous réfléchissons à ces questions. »

Prises de vues effectuées avec l’aimable autorisation de la société Carrelages Louis Scuri
Magazine Wunnen
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