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Article publié le 15 septembre 2011 - Wunnen n° 25 - septembre-octobre 2011

16.09.2011

Un beau quartier oui, mais à quel prix ?

Un beau quartier oui, mais à quel prix ?
La gentrification est-elle en cours à Luxembourg-Ville ? Même s’il convient de nuancer le propos au regard des particularités locales, certains facteurs indiquent une transformation profonde de la ville, de sa morphologie, de ses modes de fonctionnement et de ses habitants et utilisateurs. Rappelons que le terme gentrification se réfère à un phénomène urbain précis, celui de l’arrivée d’une population au niveau social élevé dans un espace urbain populaire, dont le bâti dévalorisé fait l’objet d’une réhabilitation. Le processus de gentrification peut induire un appauvrissement de la mixité sociale et de la multiculturalité, les quartiers revalorisés devenant trop chers pour les habitants aux revenus moyens ou faibles, qui doivent chercher un logement sous d’autres cieux. D’un autre côté, la gentrification est synonyme d’investissement et de remise en état d’un patrimoine bâti et naturel. Et elle conduit également, en général, à un embellissement du cadre de vie, au niveau des aménagements verts, des écoles et autres structures publiques, des commerces…
La prospérité de la ville de Luxembourg, pratiquement ininterrompue depuis une trentaine d’années, a eu pour effet, tout naturellement, de remodeler le paysage urbain et la composition de la population. La capitale, dans son ensemble, offre aujourd’hui une grande qualité de vie, cela nul ne peut le contester. Habiter en ville est devenu un véritable idéal pour beaucoup de gens épris de culture, de sociabilité et… d’efficacité, car n’oublions pas le gain de temps que représente le fait de pouvoir rejoindre le lieu de travail à pied, en bus ou en vélo. Cependant, les prix fortement restrictifs de l’immobilier font que ce bonheur ou cette chance est réservé à une minorité.
Le phénomène de la gentrification n’est pas récent pour la Ville-Haute ; depuis longtemps déjà, les logements y sont devenus une denrée rare et l’espace urbain y est avant tout dévoué à une fonction de représentation, de prestige et de commerce. On constate cependant, depuis peu, que l’engouement pour les habitations en ville est en train d’englober des quartiers tels que Pfaffenthal, Bonnevoie, Limpertsberg, Rollingergrund, Clausen, etc… Des quartiers qui pendant longtemps ont été caractérisés par un mélange harmonieux de différentes couches sociales, mais qui aujourd’hui subissent également la pression accrue d’une demande nouvelle. Le risque est que les habitants d’origine, en tout cas ceux qui sont issus des classes défavorisées, se voient obligés de quitter le quartier, à partir du moment où les immeubles réhabilités sont mis en rapport avec les prix du marché. Soit parce que le loyer est devenu trop élevé, soit parce qu’ils ne peuvent envisager une acquisition de logement que dans des régions éloignées de la capitale. Cette évolution lente de l’habitat, qui se déroule de façon peu ostensible au fil des ans, a des effets concrets dans la façon de « vivre ensemble » dans le quartier. Bien sûr, le marché prend ce qu’on veut bien lui donner. On comprend ainsi que, si l’on souhaite garder un tissu social riche et varié dans les différents quartiers de la ville, il incombe avant tout aux acteurs publics de s’engager en faveur des logements sociaux.
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