Inscription à la newsletter :

Article publié le 23 janvier 2009 - Wunnen n° 11 - janvier-février 2009

13.02.2009

Le plein d’énergies nouvelles

Commune de Beckerich

Commune de Beckerich


Petite en nombre d’habitants (2.200) mais riche en idées et initiatives, la commune de Beckerich est aujourd’hui reconnue comme un modèle en matière de développement durable.
Tapez ‘Beckerich’ dans un moteur de recherche Internet et vous verrez le nombre impressionnant d’articles internationaux qui, ces dernières années, ont évoqué la singularité de l’expérience énergétique de la localité. Le journal français « Le Monde » lui a même consacré en juin 2008 un article en page 3. Les retombées de cette réputation sont perceptibles : depuis des années, des visiteurs arrivent des quatre coins de l’Europe pour découvrir les secrets de ce village champion des énergies renouvelables. Un écotourisme qui ne devrait que s’intensifier dans les prochains temps, puisque Beckerich a reçu, en décembre 2008 à Berlin, le prix solaire européen 2008 attribué par l’association Eurosolar dans la catégorie ‘communes et villes’.
Cette récompense internationale est venue couronner les efforts d’une population qui, sous l’impulsion d’une poignée de passionnés, a voulu vivre le rêve d’un monde plus propre.
Pour le député-maire Camille Gira, la clé du succès repose en grande partie sur l’approche participative citoyenne, notamment au sein des commissions consultatives, et sur les campagnes de sensibilisation soutenues depuis 25 ans.
Dans l’entretien qui suit, il revient sur ces facteurs ainsi que sur la politique d’urbanisation de la municipalité.

Commune de Beckerich









« Beckerich a acquis une image globale, une ‘corporate identity’ centrée sur l’environnement et le développement durable, dont nous pouvons tous profiter. »



Camille Gira, bourgmestre de Beckerich 





Commune de Beckerich
WUNNEN : Comment résumeriez-vous votre commune ?
Camille Gira : « C’est une commune qui a beaucoup de respect pour son patrimoine bâti et l’environnement, mais qui a également su, au cours des vingt dernières années, tourner un regard résolu vers l’avenir. Cette dualité est visible dans tout le territoire, avec d’un côté un grand patrimoine d’anciennes fermes restaurées, datant en partie des 17e et 18e siècles, et, d’un autre côté, des constructions récentes, notamment des bâtiments publics, aux architectures franchement modernes, en phase avec notre temps, dotées par exemple de panneaux solaires thermiques et photovoltaïques. D’un côté, le respect de ce qu’on a hérité de nos prédécesseurs, de l’autre côté, la volonté de ne pas rester dans une mauvaise nostalgie en se disant que « tout était mieux avant ».

Comment expliquez-vous l’attachement des habitants aux facteurs environnementaux ?
« Ce qui a été déterminant, c’est la possibilité qui a été donnée aux citoyens de participer directement aux décisions influant sur leur quotidien et leur avenir. En 1982, Beckerich a été la première commune à ouvrir ses commissions consultatives aux citoyens de la rue. Actuellement, une dizaine de commissions intègrent en permanence quelque 80 personnes. Leurs idées et travail sont un apport extraordinaire pour les neuf conseillers communaux. Ces habitants engagés accompagnent l’élaboration des projets depuis leur genèse et les font connaître au sein de leur entourage. De cette façon, des solutions qui peuvent paraître révolutionnaires prennent progressivement racine et deviennent compréhensibles et acceptables pour tous. »



Commune de Beckerich
Commune de Beckerich


Commune de Beckerich

Un hall sportif respectueux de l’environnement


Tout comme de nombreux particuliers, le hall sportif est raccordé au réseau de chaleur communal. De plus, son toit accueille des panneaux solaires achetés en copropriété par des particuliers. Ses murs sont bardés de bois traité thermiquement et il offre une bonne accessibilité pour tous.




L’installation de biogaz et le réseau de chaleur urbain font partie de ces solutions révolutionnaires ?
« En effet. Il n’était pas facile, de prime abord, de convaincre les esprits - il y a 15 ans, presque personne à Beckerich n’avait entendu parler de biométhanisation. Mais, au travers de nombreuses campagnes de sensibilisation et réunions, les gens ont compris les avantages de ce type d’équipement et, plus généralement, de l’importance de réduire les émissions de CO2 et de devenir autonomes sur le plan de l’énergie. Pour atteindre cet objectif, dès 1997, un concept énergétique a été établi, englobant toute la population, services publics et habitants compris, et échelonné sur 15 à 20 ans. La première grande étape du projet a abouti à la mise en service en 2004 de la centrale de biogaz, cofinancée et gérée par une coopérative de 19 agriculteurs. Cette installation produit de l’électricité et de la chaleur pour une grande partie des villages avoisinants via un réseau communal de 24 kilomètres de canalisations. La demande de raccordement des ménages a dépassé toutes les estimations, boostée notamment par la flambée des prix du fuel de chauffage. Afin de renforcer la production de chaleur, la Commune a fait construire sur le même site à Hovelange une chaudière aux copeaux de bois.
Opérationnelle depuis novembre dernier, cette installation est alimentée par le bois de deuxième et troisième catégorie des 300 hectares de forêts communales. En parallèle, nous travaillons, en collaboration avec l’office national de remembrement, à faire rentrer dans le circuit le bois des 400 hectares de forêts appartenant à quelque 260 propriétaires privés.
Maintenant que l’approvisionnement en chaleur est garanti, l’extension du réseau est en cours dans les différents villages. Jusqu’à la fin de l’hiver, un total de 150 clients devraient être connectés – habitations, bâtiments publics et sociétés -, ce qui représentera 20% des constructions dans la commune. L’important dans cette histoire, c’est que nous sommes maîtres du jeu. Le biogaz est géré par les agriculteurs de Beckerich, la chaudière à copeaux de bois et le réseau de distribution sont contrôlés par le conseil communal. À Beckerich, le prix du kWh pour se chauffer n’est pas décidé dans telle ou telle bourse internationale, ou par une grande multinationale, en fonction du bon vouloir des pays producteurs, mais il est fixé de façon transparente par les 9 conseillers ou par la coopérative agricole.
Evidemment, une telle décentralisation et indépendance n’est pas du goût des lobbies des énergies fossiles et du nucléaire.
Quand les gens ont vu se matérialiser les premières installations, quand ils ont vu comment ça marche, comment ils pouvaient en tirer bénéfice, ils sont devenus encore plus ouverts à d’autres solutions, les panneaux solaires thermiques et photovoltaïques, l’énergie éolienne, les constructions passives, etc. »



Commune de Beckerich

La chapelle du Kahlenberg


La chapelle date du 13e siècle, mais elle a été bâtie sur un site dont l’histoire est beaucoup plus ancienne, puisque les druides celtes célébraient déjà ici leurs rites. Les Romains surveillaient le trafic sur la route Arlon-Mersch. Les pestiférés faisaient des pèlerinages à la chapelle pour prier St. Job, le Saint des pestiférés.
Au départ de l’église à Beckerich, un chemin de croix comprenant 7 stations mène à la chapelle St. Job. La légende parle d’un couloir souterrain allant du château de Guirsch à la frontière belge jusqu’à la chapelle.



Quelles sont les grandes orientations pour l’évolution urbanistique du territoire ?
« Beckerich est prêt à accueillir de nouveaux habitants, de toutes les origines, dans le respect de l’existant. Dans les années 1970, la commune ne comptait plus que 1.500 habitants, c’était 800 de moins qu’à la fin du 19e siècle. Depuis lors, en quelque 30 ans, nous avons accueilli 700 nouveaux habitants. Il s’agit là d’une vitesse de croissance agréable, qui permet au tissu social de bien fonctionner. Nous sommes loin de l’esprit du village dortoir, nous avons une véritable communauté de gens qui vivent ensemble, un ensemble de petits magasins et artisans qui sont actifs et présents, et nous ne voulons pas casser tout cela juste pour grandir. Pour nous, grandir n’est pas une fin en soi.
Il y a deux ans, nous avons refait notre PAG, mais selon l’ancien système. En surface nette, le périmètre n’a pas été agrandi par rapport à l’ancien PAG datant de 1976. À moyen ou long terme, nous pourrions aller jusque 4.000 habitants, mais toujours de façon progressive. Nous essayons de déphaser les grands projets, de manière à ce que ceux qui sont venus à l’étape d’avant aient le temps de s’intégrer. Cela nous évite d’avoir des pics de besoins, par exemple au niveau des écoles. Si on va trop vite, on risque d’avoir à un moment donné une quantité d’enfants dépassant la capacité des infrastructures, après quoi les classes seront de nouveau vides.
On a classé beaucoup de terrains en zone différée, c’est-à-dire en zones de développement raisonnables du point de vue de l’urbanisme, mais sur lesquelles le conseil communal garde le contrôle : il peut décider lui-même quand un nouveau quartier sera fait, en veillant à garder une évolution régulière. Au cours des 20 dernières années, très peu de grands lotissements ont été réalisés dans la commune, à peine deux projets. Nous avons réussi à créer de l’habitat pour 500 personnes soit en reconvertissant des fermes anciennes, soit en profitant des terrains à bâtir à l’intérieur des localités. Il vaut beaucoup mieux pour l’intégration d’avoir 500 habitants nouveaux distribués dans les structures existantes que de les rassembler dans de grandes cités à l’extérieur des villages. »


Commune de Beckerich

La nature intacte


Le village de Beckerich est au centre d’un important réseau de randonnées pédestres. L’ancienne ligne ferroviaire de l’Attert est devenue une très agréable piste cyclable qui fait le bonheur des petits et des grands ( www.lvi.lu ). Par ailleurs, depuis le mois de juin 2008, une nouvelle promenade très intéressante sur le biotope de la région est proposée tout autour de l’étang du moulin. Intitulée ‘Waasser, Weiden, Wisen’, cette promenade invite à la découverte des prairies humides, des saules et de la flore indigène.


Comment les infrastructures publiques accompagnent-elles les besoins de la population ?
« Les grandes infrastructures sont conçues et réalisées pour durer. Le tout nouveau hall sportif par exemple est bardé de bois traité thermiquement. D’autre part, nous avons rénové et agrandi 4 écoles dans les villages. C’est délibérément que nous n’avons pas opté pour une école centralisée avec 240 enfants. Nous avons revalorisé les écoles des villages en les agrandissant dans une architecture contemporaine. Ces petites structures offrent beaucoup plus de convivialité, on y ressent beaucoup moins d’agressivité que dans les grandes écoles. Trois ou quatre classes dans un petit complexe, ce qui représente une soixantaine d’élèves, cela fait que tout le monde se connaît, les instituteurs connaissent tous les enfants, pas seulement ceux de leur classe, et il en résulte une meilleure ambiance et sécurité pour tous. »

Quels sont les pôles de développement économique pour Beckerich ?
« Pour nous, les facteurs économiques sont liés à la notion de développement durable.
Ainsi, dans les années 1980, la Commune a eu l’idée d’exploiter une eau minérale locale. Un investisseur français a commercialisé le projet, ce qui a conduit à l’entreprise à succès que nous connaissons aujourd’hui - 65 emplois, 200 millions de bouteilles vendues chaque année. La Commune est restée propriétaire des sources et actionnaire à 15% dans le capital de l’entreprise. Par ailleurs, elle touche une redevance pour chaque mètre cube embouteillé. À raison de 50 cents par m³, il en résulte des entrées de fonds très salutaires pour le budget communal.
L’énergie constitue un autre volet du développement durable. Les clients raccordés au réseau de chaleur paient la redevance à la Commune qui en reverse une partie à la coopérative agricole et ainsi, le pouvoir d’achat ne s’échappe pas vers l’extérieur.
Le tourisme doux est un troisième pilier que nous souhaitons développer. Même si la région n’a pas de tradition touristique, son potentiel est réel. Nous possédons une belle combinaison d’un environnement naturel relativement intact et de villages authentiques avec un riche patrimoine architectural. Il nous manquait des infrastructures touristiques adaptées. C’est pourquoi nous avons racheté le vieux moulin de Beckerich et nous l’avons restauré pour en faire un complexe culturel et touristique doté d’un café-restaurant au rez-de-chaussée. Le programme des manifestations est géré par l’Asbl ‘D’Millen’ / www.dmillen.lu
Et déjà se profile à l’horizon la prochaine étape. Un investisseur privé, séduit par le cadre de vie de Beckerich, prévoit d’y créer une structure hôtelière de 30 chambres, dans un esprit de wellness et de médecine douce, associée à 15 appartements pour des couples âgés de la région. »

Comment faites-vous face aux enjeux de la mobilité ?
« Le canton de Redange a été l’une des premières régions rurales à lancer, au milieu des années 90, un projet pilote portant sur un transport public cadencé. Aujourd’hui, il y a une liaison en bus toutes les heures entre Beckerich et Luxembourg-Ville, entre 6h et 18h, et même jusque 23h pour le retour. Les transports publics ont une réelle utilité sur le plan social, offrant à la population non motorisée une mobilité indispensable sur le plan relationnel et professionnel. »

En conclusion, comment expliquez-vous le rayonnement d’une commune aussi petite que la vôtre ?
« Ce qu’on est en train de réussir à Beckerich, c’est d’avoir une synergie entre les acteurs publics - le conseil communal -, les acteurs privés et les particuliers. Avec le temps et les bonnes volontés de tous, tout cela a produit une image globale, une ‘corporate identity’ centrée sur l’environnement et le développement durable, et tout le monde peut en profiter. »

www.beckerich.lu


Commune de Beckerich
Commune de Beckerich


Le réseau de chaleur repose sur le biogaz et le bois de la région. Des bâtiments publics et privés sont raccordés, ainsi que de nombreux ménages.



Exploitée par une coopérative de 19 agriculteurs locaux (‘Biogas Biekerich’), l’usine de biométhanisation permet de valoriser les résidus agricoles pour produire de l’électricité et de la chaleur. Elle comporte deux génératrices qui produisent de l’électricité (intégrée dans le réseau) pour l’équivalent de plus de 700 ménages. Elle fournit également de la chaleur à une bonne centaine de ménages. Les cuves sont remplies d’un mélange de déchets agricoles (lisier, fumier, herbes, céréales, etc.), et chauffées hermétiquement à 38° C. Le produit final, après digestion et production de gaz par les bactéries, est valorisé par épandage. La Commune achète la chaleur produite pour la distribuer, par le réseau de chaleur urbain, à des personnes privées, des bâtiments communaux et des entreprises comme l’usine d’eau minérale.


Commune de Beckerich


Le raccordement au réseau de chaleur communal coûte 2.300 €. Plus besoin de chaudière chez l’habitant, juste une station de transfert composée d’un échangeur pour l’eau sanitaire et d’un échangeur pour l’eau de chauffage. Se chauffer par ce moyen revient moins cher qu’avec une chaudière à mazout et intéresse donc la plupart des habitants.


Commune de Beckerich

L’autarcie énergétique


100% d’autonomie sur le plan énergétique, cela signifie que la quantité d’énergie produite avec les ressources locales renouvelables devra couvrir celle qui sera consommée par les habitants, services et entreprises locales.
Les énergies renouvelables sont bien valorisées dans la commune, qui compte de nombreuses installations solaires (thermiques et photovoltaïques), une installation de biométhanisation collective et un système de télégestion de l’éclairage public innovant.
La Commune propose également aux habitants de devenir copropriétaires d’installations photovoltaïques placées sur des toits de bâtiments publics.

Magazine Wunnen
www.wunnen-mag.lu | info@wunnen-mag.lu