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Article publié le 3 novembre 2010 - Wunnen n° 21 - novembre-décembre 2010

20.02.2011

L’arche de Clementine

Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Il y a trois ans, Clementine quittait son appartement en ville pour s’installer dans une ferme rénovée à la campagne. « Une ferme en état de blessure, aime-t-elle dire, qui avait besoin qu’on prenne soin d’elle. C’est ce que j’ai fait, et aujourd’hui j’en retire un bonheur profond. »
Un changement d’habitat, un changement de région – du Sud urbain et agité vers l’Oesling rural et serein – ainsi qu’un changement de rythme de vie.
La ferme se trouvait dans un état relativement dégradé, mais Clementine voyait la beauté derrière le délabrement, des éléments empreints d’authenticité qui ne demandaient qu’à être sauvés. Les origines de la construction peuvent en effet être tracés jusqu’en 1780.

Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine

C’est sur les murs que j’apprends


Clementine engagea une entreprise pour les travaux lourds de la rénovation, mais elle choisit de s’investir dans divers ouvrages liés à la finition. Les revêtements des murs et des sols, ainsi que tout l’ameublement, lui ont particulièrement tenu à cœur.
« Je n’avais aucune connaissance préalable, et il me restait peu de budget. En mettant la main à la pâte, j’ai appris à travailler et en même temps j’ai élaboré des solutions moins coûteuses et originales. »
La bâtisse est ainsi devenue un véritable laboratoire d’expérimentation et d’épanouissement : « C’est sur les murs que j’apprends, en prise directe avec la matière, en essayant, en mélangeant, en créant des reliefs. »
Clementine a appris à travailler avec du torchis pour donner aux murs un aspect terreux et riche en texture. En utilisant par ailleurs de la cire, elle a réussi à moduler différents effets anciens.
Passionnée depuis toujours par toutes les formes d’expression artistique, Clementine a fait de sa ferme non seulement son lieu de vie, mais aussi une œuvre d’art en mouvement perpétuel. 
« La maison est comme un tableau tridimensionnel », résume-t-elle.
Chaque pièce, chaque surface, chaque angle devient prétexte à un jeu intuitif avec la lumière et la matière. Les intérieurs de la demeure respirent l’harmonie, non pas comme des images bien léchées à l’esprit déco, mais comme des espaces remplis d’âme et d’émotion.
« J’aime les matières qui ont du corps et des nerfs – la pierre, le bois. Les surfaces lisses ou tapissées me rebutent. J’adore les reliefs, les saillies, les irrégularités. D’ailleurs, la plupart de mes tableaux sont faits avec mes mains et non pas avec des pinceaux. »

Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine

Comme un nuage dans le ciel


Plusieurs pièces composent des atmosphères chaleureuses et feutrées, avec une profusion de teintes chaudes. Ici et là bondissent parfois des touches contrastantes. « J’aime les compositions monochromes dans lesquelles on voit surgir une touche de couleur. »
Cependant, dans aucune pièce, on ne trouve quatre murs de la même couleur. Quand, dans la chambre « soleil », Clementine opte pour le jaune, elle décline quatre nuances de jaune.
« J’apprends en refusant les recettes toutes faites et prêtes à l’emploi. J’expérimente. Je multiplie les couches. Je défais, je recommence. Et à un moment précis, je vois le chemin. Je sais ce que je vais faire. Le déjà vu ne m’intéresse pas. » C’est bien ce qu’on avait compris, cette maison n’a pas de recette, elle reflète l’âme d’une personne qui veut y habiter. Y trouver refuge. Pas question de parler déco, de livrer des clés, des modes d’emploi. A chacun d’y voir clair. Cette maison ne livre pas ses mystères. Surtout pas dans le cadre d’un article.
« C’est la maison qui me parle et me donne des idées. »
De la cire, du plâtre, des objets d’art en dialogue avec des murs et des meubles. De la lumière et des matières. La fascination d’une petite fille de quatre ans, qui regarde émerveillée les nuages dans le ciel. « Je regarde et je vois des choses dedans ». Mille dessins, figures, des hommes, des objets, des animaux. Des choses dans la nature. L’art abstrait, c’est toujours du vrai. Quelque chose qu’on finit par découvrir dans la nature quand on regarde bien.

Détail et harmonie


Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
Bienvenue chez nous - L’arche de Clementine
La demeure regorge de petits coins. De refuges, de niches, de cocons protecteurs. Il faut que chaque élément soit chargé de sens, et il faut aussi que la somme des composants donne un ensemble harmonieux.
Pour ce qui est des meubles et des objets, Clementine les préfère usés, « sauvés » ou récupérés de multiples façons, en provenance notamment de brocantes ou d’échanges avec des particuliers. Il lui arrive même de les dénicher dans la rue, en passant. Mais toujours la même règle d’or : s’enquérir auprès du vendeur ou de l’ancien propriétaire, au sujet de l’origine, du vécu, de l’histoire. C’est ainsi que chaque objet peut devenir vecteur d’imaginaire et d’émotion. Il en va de même pour la maison. Clementine évoque sa chambre. « Un couple a dormi ici pendant une quarantaine d’années, goûtant le bonheur tranquille de toute une vie. Quand le mari est décédé, la femme, qui rentrait en maison de retraite, tenait à ce que le nouveau propriétaire prenne soin de ce qu’il y avait là. De ces meubles, de ce lit … Il me plaît de penser que je dors bien également parce que je connais ce passé, cette émotion qui imprègne les murs. »
Une vieille ferme dans un petit village de l’Oesling … un peu comme une arche au milieu de l’océan. Clementine confirme : « C’est vrai, je me sens bien dans ma maison protectrice et ouverte à la lumière. Ici, pas d’Internet. Pas de télévision. Je n’aime pas vivre en état de passivité. J’aime faire des choses, m’occuper, aller de l’avant quand je suis à la maison. »
Pas question cependant de se cloîtrer dans une sorte de forteresse.
La maison prend vie également quand Clementine reçoit de la visite, ce qui arrive fréquemment. Elle est en effet issue d’une famille nombreuse, comportant onze frères et sœurs. Aujourd’hui, Clementine adore accueillir ses proches et passer des moments heureux avec eux. « Ils sont toujours curieux de venir, rien n’est jamais pareil, car la maison évolue et change au gré du temps et de mes inspirations. » Rendez-vous dans quelques années, alors, pour un nouveau reportage…
Photos : P. Lobo
Magazine Wunnen
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