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Article publié le 15 septembre 2010 - Wunnen n° 20 - septembre-octobre 2010

19.09.2010

Éditorial

Après l’émotion, la réflexion


Le thème de la 12e Biennale d’architecture « People meet in architecture » a rappelé le rôle important qui échoit aux architectes de contribuer à rassembler les gens, de les aider, par le biais de leurs réalisations, à se retrouver et à se comprendre. Un idéal pieux auquel il est important d’adhérer, les cynismes de tout ordre n’offrant guère de solutions face à la détresse du monde. Ainsi, les architectes chiliens, auteurs de la pierre immense qui ouvre l’exposition dans l’Arsenale (« The boy hidden in a fish »), ont placé leur œuvre sous le signe de l’espoir : « Après le tremblement de terre, les gens ont besoin de reconstruire un futur qui soit protégé, parfumé et pacifique. »
Un désir de partage d’émotions, et parfois aussi de foi en l’avenir, que l’on retrouve dans de nombreuses déclinaisons à travers la Biennale. Dans leurs installations diverses, les architectes proposent, non pas tellement des constructions ingénieuses ou des exposés dogmatiques, mais plutôt des univers à vivre, à expérimenter, à ressentir. L’émotion – qu’elle soit provoquée par des formes et des matières, des lumières, de la musique ou des images – est, en effet, ce qui peut le plus rapprocher des êtres humains qui se retrouvent dans un même espace. Et après l’émotion surgit la réflexion. Les sens s’éveillent et l’esprit s’aiguise.
A Venise, cette année, la figure de l’architecte star, omniscient et créateur d’objets de marque pour le compte de commanditaires en quête de prestige, s’est retrouvée quelque peu bousculée. A la place, on a vu ressurgir l’architecte artisan, celui qui s’efface, qui intègre un collectif d’énergies et de pensées, pour mieux servir un espace, une entreprise, des êtres humains.
L’exposition « Rock-Paper-Scissors » dans le pavillon luxembourgeois illustre à merveille cette ouverture au monde et aux gens. Le collectif Kadapak a utilisé avec agilité les espaces restreints du Ca’del Duca, proposant une série d’installations qui jouent sur les non-dits, les évocations, les impressions poétiques. Le visiteur est invité à faire travailler ses sens, à chercher les sens possibles de ce qui lui est présenté et, peut-être, à faire siens les espaces du Ca’del Duca, par exemple en se reposant un moment dans la cinquième salle, en ayant au préalable posé un vinyle sur le tourne-disque. Du John Coltrane peut-être ?
Magazine Wunnen
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