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du 28 septembre au 4 novembre 2018

Florence Doléac : Exposition « Minute Papillon » au Ratskeller

Critique douce du fonctionnalisme

Critique douce du fonctionnalisme
Tout commence par une feuille de papier format A1 qu’on froisse pour lui faire prendre toutes les formes possibles, utiles ou pas, par exemple un fichu sur la tête comme elle l’avait fait elle-même. En invitant les journalistes à s’amuser avec ce bout de papier (sur lequel était résumé l'essentiel de l’exposition), l’artiste designer Florence Doléac non seulement ouvrait la rencontre presse sur un mode joueur, mais soulignait combien l’apport des usagers, des spectateurs, est important dans son processus de création.
L’exposition « Minute Papillon » au Cercle-Cité (espace Ratskeller) porte bien son nom : on est convié à plonger dans un univers fait de poésie et de grâce, inventif toujours, une collection d’objets et installations qui sont autant de fulgurances de l’esprit, fruits de l’instant émerveillé.
Mais qui est Florence Doléac ? C’est d’abord une personne très drôle et passionnée, qui adore ce qu’elle fait et a le don de nous faire partager le bouillonnement qui l’habite. C’est aussi une designer : toutes ses réalisations ont l’air d’objets utiles, des lits, des patères, des tissus, des vases, des poufs, des luminaires…, mais quand on y regarde de plus près, on se rend compte tout de suite qu’on a affaire aussi et surtout à une artiste, qui détourne et subvertit, interroge et fait rêver.
Proposée en guise de prélude au Festival Design City 2018, qui ne débutera officiellement que le 19 octobre prochain, l’exposition « Minute Papillon » au Ratskeller porte un regard rétrospectif sur le parcours de Florence Doléac. Depuis plus de vingt ans, l’artiste produit des objets singuliers qui se situent à l’intersection de l’art et du design, et convoquent également la science, la psychologie et la sociologie.

Sortir des contraintes de la production industrielle


D’abord active au sein du groupe Radi Designers (de 1993 à 2003), Florence Doléac a choisi de sortir des contraintes liées à la production industrielle en développant une activité d’enseignement, d’abord à l’ECAL (Lausanne, Suisse) dès 1999, puis à l’ENSAD/ École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (Paris). Dès le début des années 1990, ses premiers travaux l’ont conduite à collaborer avec un laboratoire de recherche médicale [sols de stimulation plantaire]. Puis elle a travaillé avec des spécialistes de tous bords, chercheurs, artistes, scientifiques ou artisans, dont les échanges lui ont permis de développer son esthétique à la fois brute, synthétique et fantaisiste. Usant de la citation et du détournement d’objets, Florence Doléac bricole dans son atelier des propositions en mode mineur. Elle explore les possibilités de transformer des matériaux industriels et leur recyclage, s’associe avec des artisans aux savoir-faire traditionnels (céramiques de Vallauris, tapisserie du Kirghizstan…) et négocie, pour chaque pièce, l’invention de formes nouvelles ou la non-intervention volontaire.
L’exposition « Minute Papillon » s’organise autour de La chambre des rêves (2017), un environnement constitué d’un lit entouré de rideaux, qui transpose l’univers de l’artiste dans un espace magique inspiré par le livre pour enfants de Maurice Sendak, Max et les maximonstres (1963). Sur les rideaux sont imprimées les images de ses productions passées et des paysages symboliques, sérieux ou amusants. Florence Doléac perturbe les hiérarchies entre culture savante et populaire et invite à s’ouvrir au monde mystérieux des rêves.
Critique douce du fonctionnalisme

Et si on faisait les choses autrement ?


« Le quotidien est tellement ennuyeux parfois, commente Florence Doléac pendant la visite de l’exposition, que je ressens le besoin de lui insuffler un peu de fantaisie et de drôlerie. Je me dis : et si on faisait les choses autrement ? » Tels ces plumeaux en plume d’autruche, les Pom Pom Dust, qui constituent un « hymne à la poussière » tout autant qu’un clin d’œil féministe.
Les créations de l’artiste offrent plusieurs niveaux de lecture. Elles sont l’expression d’une fantaisie débridée, de véritables propositions poétiques, dont le point de départ est souvent une blague, avoue Florence, « un objet créé spontanément pour une fête d’amis, la célébration de quelque chose, à partir des matériaux les plus simples, et puis je constate que l’idée est belle et peut être développée et présentée dans d’autres contextes… ». Derrière le plaisir presque enfantin à jouer avec les objets et leurs codes, et à les propulser dans un imaginaire farfelu et espiègle, on perçoit clairement des réflexions d’ordre civilisationnel et culturel. Une « douce critique du fonctionnalisme » également, selon la formule de Florence. En filigrane de ses créations délurées, elle nous pose la question : pourquoi tant de rationalisme, pourquoi cette création effrénée d’objets industriels qui caractérise la société actuelle et qui va de mains liées avec la course à la consommation et la marchandisation des choses ?
Pour Florence Doléac, il conviendrait de revenir à une sorte de simplicité jouissive et bricoleuse des choses, à toujours convier l’humour et la poésie dans nos quotidiens, sans oublier le partage : « Mes créations n’ont pas de sens en série. Ce que j’aime, c’est participer à la construction d’un imaginaire collectif. » Défi relevé ne serait-ce que lors de cette rencontre presse empreinte de grâce et d’intelligence !
Exposition produite en 2017 par le FRAC Grand Large – Hauts de France et organisée en 2018 en collaboration avec le Cercle Cité dans le cadre de la cinquième édition de Design City LX Festival.
« Minute Paillon » du 28 septembre au 4 novembre – Ratskeller – Cercle-Cité

Visites guidées gratuites


Tous les samedis à 15h00
Samedi 29 septembre (FR)
Samedi 6 octobre Visite famille (FR/EN)
Samedi 20 octobre (LU)
Samedi 27 octobre (EN)
Samedi 3 novembre (FR)

« Des lits de rêve » – Workshop avec Florence Doléac


Samedi 29 septembre 2018 de 10h00 À 12h00
Cet atelier s’inscrit dans le programme de l’anniversaire de la Cité Bibliothèque, sur le thème de « Lits de rêve » en référence au travail de la designer qui s’inspire du livre “Max et les maximonstres” et est présenté dans l’exposition “Minute Papillon” au Ratskeller. Cet atelier se veut intergénérationnel, élaborant des maquettes à l’aide de différents matériaux.
À partir de 10 ans – En français
Gratuit sur inscription (tuffi@vdl.lu)
Cercle Cité – Bel étage / Entrée principale, Place d’Armes

Projection « Max et les Maximonstres »


Dimanche 7 octobre 2018 – à partir de 8 ans
Cinémathèque de la Ville de Luxembourg, Place du Théâtre
Magazine Wunnen
www.wunnen-mag.lu | info@wunnen-mag.lu