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03.07.2013

Conférence OAI « Intelligent renovéieren a bauen »

Construire durable ne se résume pas à l’efficience énergétique

L’Ordre des architectes et ingénieurs-conseils (OAI) a organisé une table-ronde « Intelligent renovéieren a bauen » le mardi 2 juillet à 18 heures au Forum da Vinci.
130 personnes dans la salle, cela prouve que le thème choisi pour le débat était accrocheur. D’une certaine façon, en abordant frontalement la prééminence de la composante énergétique dans la construction, l’OAI voulait tirer la sonnette d’alarme. Comme le notait Thierry Cruchten dans un récent éditorial : « En matière de politique énergétique pour la construction de logements, le Luxembourg est en train d’enclencher la sixième vitesse. (…) » Le secrétaire général de l’OAI s’inquiétait du fait que la quête frénétique de l’économie d’énergie conduit parfois à de véritables aberrations en matière d’isolation qui mettent en péril le cachet et la valeur de certaines bâtisses anciennes.
En invitant autour de la table concepteurs, entrepreneurs, responsables politiques et administratifs, l’OAI a souhaité approfondir la réflexion sur l’équilibrage nécessaire entre patrimoine et énergie, entre technologie et qualité de vie, entre technocratie et inventivité. Il s’agit de « sensibiliser les décideurs et le grand public à l’importance de tenir compte dans le débat sur la durabilité de notre cadre de vie, en sus de l’aspect énergétique, d’éléments tels que la qualité de vie, l’esthétique, le patrimoine, l’identité, la santé, le bien-être, les matériaux, « Life Cycle Cost », le recyclage ... »
Mais l’équation est loin d’être aisée à résoudre, comme on a pu le comprendre lors de la table-ronde. D’un côté, il y a les discours officiels, qui tout en fixant des normes et des réglementations, en appellent au bons sens et à l’intelligence de tous les intervenants dans le processus constructif. « La construction durable est loin de se réduire à la facette énergétique, rappelait Marco Schank, ministre délégué au Développement durable et aux infrastructures, elle englobe une multitude d’autres facteurs qui doivent peser tout autant sur la balance que les questions de l’isolation ou des équipements techniques. »
D’un autre côté, sur le terrain, les concepteurs et bâtisseurs sont en relation avec un public et des maîtres d’ouvrage de plus en plus braqués sur la seule question de l’efficience énergétique, tout en devant se soumettre à des contraintes réglementaires et techniques de plus en plus complexes.
Une véritable révolution technologique et des mentalités est en train d’avoir lieu dans la construction depuis un peu plus de dix ans, et que face à l’immensité et à la complexité de l’ouvrage, il est fondamental pour les corps de métier et experts de dialoguer et de s’entraider, en évitant tout dogmatisme et fermeture d’esprit. C’est l’une des réflexions exprimées par Roland Kuhn, président de la Chambre des métiers, qui a également attiré l’attention sur le fait que l’assainissement des bâtiments existants représente un chantier si vaste dans les années à venir qu’il est vital de mettre en place le personnel nécessaire, en nombre et en qualification, pour en venir à bout. Pour cela, il est indispensable de poursuivre et même d’intensifier les programmes de formation ciblée et de haut niveau en faveur de l’ensemble des professionnels du secteur de la construction.
Dans le même esprit d’interaction, Gilbert Theato, directeur de myenergy, a évoqué la collaboration fructueuse qui existe entre cette structure nationale axée sur le conseil en énergie et le Service des Sites et Monuments nationaux, qui a pour vocation d’identifier et de préserver le patrimoine architectural national. Un exemple qui montre que, loin de se figer dans leurs tranchées, l’énergie et le patrimoine peuvent très bien se conjuguer ensemble.
Enfin, en relation avec les constructions nouvelles qui voient le jour actuellement et qui sont largement soumises aux logiques de performance énergétique, la question a été posée de savoir si elles pourront devenir « notre patrimoine de demain ». Une interrogation qui a laissé perplexe John Voncken, architecte au sein du Service des Sites et Monuments nationaux : « C’est difficile de se prononcer maintenant. Il faut généralement laisser passer deux générations, soit quelque 50 ans, pour juger de la valeur patrimoniale d’un bâtiment. Cependant, au regard des caractéristiques purement constructives des immeubles, il n’est pas vraiment certain qu’ils pourront « bien vieillir », de la même façon que les constructions des siècles passés. »
Mais heureusement il n’y a pas que la composante constructive d’une bâtisse qui détermine sa valeur de patrimoine, il faudra tenir compte aussi d’autres facteurs, tels que le vécu de l’immeuble, son rayonnement, sa valeur représentative ou identitaire par rapport au lieu, à la ville ou au pays.
En conclusion, tous les intervenants étaient d’accord pour dire qu’il est essentiel de sensibiliser le public davantage à l’idée que construire ou rénover durable va bien au-delà de la question de l’efficience énergétique. Outre les normes et les technologies, il est fondamental de développer une vision globale et de faire preuve de bons sens et d’intelligence.

A noter qu’en préambule de la table-ronde, le Dr. Thorsten Hoos a présenté sa thèse « Einsparpotential und ökonomische Analyse der energetischen Sanierung staatlicher Gebäude in Luxemburg » développée avec l’université de Luxembourg.
La modération de la table-ronde a été assurée par Albert Goedert, architecte, membre du Comité des Architectes.
Magazine Wunnen
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